01.08.2010

Pourquoi la NVa n’est-t-elle pas si indispensable

La curiosité des élections fédérales belges consiste à imposer à l’opinion une grille de lecture des résultats, fondés sur les sous-résultats communautaires.  Précisément on désigne donc les vainqueurs et les perdants dans chaque groupe linguistique, ensuite on en tire les conclusions pour réunir les invités aux négociations.

Cela peut paraître logique, dans la mesure ou, autre particularité oblige,  il y a parité linguistique au gouvernement fédéral. D’ailleurs du côté flamand on se complait à relever que par ce jeu là, le cdH pourrait compter autant de ministres que la NVa, alors que le cdH compte trois fois moins de voix que la Nva au regard des résultats nationaux.

L’électeur belge vient de participer à des élections fédérales nationales, la tradition veut que la plus grande famille politique mène la danse et fournisse le premier ministre. En l’occurrence, la famille socialiste belge détient 39 sièges et représente 22,94% de l’électorat belge. Juste derrière, la famille libérale compte 31 sièges et affiche un score de 17,92% des votes. Ensuite la fameuse NVA, à elle seule monte sur la troisième marche du podium en arrachant 27 sièges et 17,40% des voix, exclusivement flamandes. Les socio-chrétiens talonnent la NVA avec 26 sièges et 16,37% de votes. Lanterne rouge, les écolos avec 13 députés et 9,18% au compteur de voix.

Dès lors, en appliquant une lecture strictement fédérale aux résultats, la NVA, troisième parti mène la danse et semble fixer le seuil sous lequel il n’y aurait pas d’accord de coalition. Pratiquement, on pourrait légitimement se passer de la NVA, les trois grandes familles traditionnelles, socialiste, libérale et sociale-chrétienne représentent une large majorité de 96 sièges à la chambre. Certes, pas assez pour atteindre les deux tiers indispensables à une réforme de l’Etat, mais majorité quand même.

Les électeurs flamands, sur un plan national, ont plébiscité deux minorités politiques isolées, d’abord la NVA et son programme indépendantiste, mais ils ont aussi maintenu 12 sièges en faveur des extrémistes du Vlaams Belang. Si l’électeur flamand accorde pas loin de la moitié des sièges de sa représentation parlementaire à des partis minoritaires sur le plan fédéral (NVA, VB et LDD), en ce sens qu’ils n’ont d’équivalent dans l’autre communauté, il ne faut pas s’étonner par la suite, d’un blocage politique autour de la formation d’un gouvernement fédéral.

La NVA n’est pas un parti incontournable, loin s’en faut. D’autres formes de coalitions sont possibles, même s’il est vrai qu’au vu des rapports de force au Nord, il faudra ratisser large et unir 3 ou 4 familles politiques pour mener la tête du pays. Il faudrait aussi, que les libéraux prennent leurs responsabilités, tant au nord qu’au sud.

C’est facile à écrire, malheureusement, la logique et les intérêts des partis ne sont pas toujours ceux de l’intérêt supérieur de l’ensemble des citoyens. On nous parle de chaos en cas d’échec, de crise comme le pays n’en a plus connue depuis des lustres. Mais politiquement, il n’y a aucune raison objective de continuer à se mettre la tête dans le sable. Aux partis traditionnels de savoir ce qu’ils veulent, ce qu’ils sont prêts à faire et surtout de démontrer qu’ils sont aptes à maintenir l’Etat Belge à flot. Au moins les choses seraient claires et nous éviterions de perdre un temps précieux et usant.

Imaginer un seul instant que Di Rupo pourra amadouer Bart le Tisseur, que Milquet pourra réfréner sa vision institutionnelle du pays, que le CdV ne finira pas par ruer dans les brancards en devant collaborer avec son désormais principal adversaire politique (la NVA) en flandre. C’est de l’hérésie politique qu’on est occupé à nous vendre à coup de préformation, de concilier l’inconciliable ou de travaux  titanesques.

Il est temps, pour les partis francophones, d'enfin aider leurs homologues flamands à justifier devant leur opinion d'un accord équilibré. Il est temps de reconnaître que le CD&V a eu le courage de se séparer de la NVA après l'échec de l'orange bleue. Même si c'est Y. Leterme qui a porté De Wever là ou il est arrivé aujourd'hui. Il est peut-être temps de comprendre que les partis francophones et cette politique du pourrissement institutionnel aura considérablement affaibli les partis traditionnels flamands face à la montée en puissance du nationalisme. C'est peut-être cela le plan B, faire comprendre à la NVA qu'elle ne dictera pas l'agenda fédéral, qu'il y a en face d'autres interlocuteurs fiables, démocrates et prêts à se joindre à l'effort.

Car, quitte à trouver de grands accords institutionnels, ne serait-il pas plus opportun qu'ils se concluent entre les 3 familles traditionnelles, au besoin soutenues par les Ecolos, plutôt que de risquer de faire de Bart De Wever un demi-dieu politique chez les autonomistes flamands ?



 

10:30 Écrit par Olivier Baum Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |  Facebook |

Commentaires

C'est touchant ce que vous écrivez là, cher Olivier. Et parfaitement irréaliste. Vous croyez encore pouvoir faire et défaire les coalitions flamandes selon ce qui vous convient, vous croyez encore que les "familles" politiques ont un sens. Vous vivez dans un songe et dans la nostalgie d'une Belgique qui n'existe plus depuis longtemps. Les francophones ont toujours été en regard d'au moins une "guerre" dans nos querelles communautaires, étonnez-vpus après ça qu'on en soit arrivé là...
Ne vous y trompez pas, il n'y a pas en Flandre une méchante N-VA et de braves partis traditionnels tous disposés à en revenir à la Belgique de papa. Pour le CD&V aussi, c'est "la révolution copernicienne ou rien", l'Open-VLD veut se refaire une santé dans l'opposition et le sp.a veut à tout prix une grande réforme de l'Etat aussi. Ne croyez pas que vous aurez des interlocuteurs plus "faciles" si la N-VA n'est pas à table, c'est le contraire.
Je vous dis ça sans acrimonie aucune et sans méchanceté, mais vous êtes à côté de la plaque!

Écrit par : charles | 01.08.2010

Cher Charles,

Je n'ai pas de problème à concevoir être à côté de la plaque.
Vous m'accorderez que la politique belge est entrée dans la quatrième dimension depuis pas mal de temps.

Je ne prétend pas qu'il y aurait d'un côté la méchante Nva et à ses côtés les gentils partis traditionnels. Je pense simplement que l'heure est venue d'être clair dans ses choix politiques, y compris pour les partis traditionnels.

1. Existe-t-il encore une majorité favorable à des modifications sans inverser fondamentalement le fonctionnement institutionnel ?

2. Si la réponse est négative, alors que propose-t-ils et sont-ils capables de définir les conséquences sociales et économiques pour chaque entité et de soumettre aux électeurs ?

3. Pas question de maintenir la Belgique de Papa, d'ailleurs je suis étonné que cette pensée puisse être devenue en si peu de temps d'une connotation péjorative. Il n'y aurait donc que des idiots utopistes, comme moi, à croire encore à la valeur ajoutée d'un Etat fédéral fort et en ses vertus ?

4. Je persiste à affirmer que la NVA n'est pas incontournable, a moins qu'en Belgique, il suffise de détenir 15% des voix pour révolutionner le royaume.

5. Il n'y a plus de familles politiques, c'est bien là le problème et la preuve que les problèmes que nous vivons proviennent d'abord de la scission politique du pays. Chaque partie à tenu à rester maître dans son fief, dans sa région, dans sa communauté, voilà le résultat...

Et Bruxelles dans votre schéma de l'inéluctable, vous en faites quoi ?

C'est assez formidable de constater que la flandre séparatiste gagne sa guerre d'usure et est parvenue à rendre les francophones dociles et résignés. Mais cette flandre la est-elle politiquement majoritaire si on mettait les enjeux cartes sur table et qu'on votait dessus ?

Cela me poserait beaucoup moins de problèmes dans ce cas de figure, un projet commun ou une scission par étape, mais que l'électeur le décide et non pas 7 présidents de partis dans le secret des alcôves du pouvoir.

Excellent journée à vous.

Écrit par : Olivier Baum | 02.08.2010

@Olivier: La réponse à votre première question est "non". Il n'y a pas de majorité en Flandre pour une réforme "non-copernicienne" de l'Etat: à deux, N-NV et CD&V sont à deux doigts de la majorité absolue, malgré le Vlaams Belang.
La réponse à votre deuxième question est simple: ils veulent "la révolution copernicienne", précisément. Pour rappel, il s'agit de faire des entités fédérées le centre de gravité du système, en lieu et place de l'Etat fédéral. Ajoutez-y la "note Octopus".
A partir de là, je pense qu'il y a moyen de construire un modèle belge harmonieux comme d'aller au séparatisme. Cela dépend de l'Europe: si elle devient un véritable Etat, il n'y a pas de mal à ce que la Belgique "s'évapore" un jour, comme dit De Wever: nous serons les voisins des Flamands aussi bien que des Français, Luxembourgeois, etc. Si ce n'est pas le cas, la séparation sera désastreuse pour tout le monde, chaotique. Mais cette question ne se pose pas pour l'instant.
Il n'est pas question d'être "docile et résigné" mais de voir la réalité en face: l'Etat belge, comme il est organisé, ne fonctionne plus et ce n'est pas la faute à l'un ou à l'autre, mais à l'un et à l'autre. Il n'y a plus d'espace public commun à tous les Belges. Ma thèse est qu'il faut réorganiser le système pour en réorganiser un et le doter des compétences que nous sommes tous d'accord de gérer ensemble, parce que c'est notre intérêt commun. C'est ça l'enjeu de la négociation et je trouve bien que Di Rupo ait eu le courage, la semaine passée, de faire un pas symbolique important dans cette direction. Maintenant, il faut concrétiser et, je vous l'accorde, c'est pas gagné!

Écrit par : charles | 02.08.2010

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.