03.08.2010

Quand BHV devient anecdotique, les francophones se résignent.

Quel changement profond des mentalités en moins de trois ans. De 2007 à 2010, la francophonie politique et ses commentateurs et éditorialistes sont passés d’une logique conservatrice ‘on n’est demandeur de rien’ à une logique de résignation en évoquant l’activation de l’article 35 de la Constitution.

Résignation, le mot est fort, mais c’est le constat d’une flandre politique qui désormais affiche sa volonté sans complexe, presque conquérante, d’obtenir l’autonomie la plus large possible. Sur ce plan, les francophones, ses politiques et faiseurs d’opinion y semblent en effets résignés, à défaut d’imaginer d’autres destins.

Pour le commun des mortels, ceci résonne peut-être comme une simple étape politique de plus, les institutions du Royaume poursuivraient leur évolution naturelle. Pourtant c’est tout autre chose qui s’annonce. En inversant le fonctionnement actuel, on aboutit en réalité à un transfert total vers les régions et communautés, qui décideront souverainement de ce qui sera remis dans le pot commun de l’étage fédéral. Par exemple l’armée, la politique étrangère et quelques autres matières ou les rivalités communautaires restent sous contrôle.

Bart De Wever évoquait récemment sa lecture de l’évolution belge, n’hésitant pas à la comparer à la théorie de l’évolution de Darwin, celle là même dont le principe veut que les espèces les plus fortes subsistent face aux plus faibles. La Belgique et son montage institutionnel seraient donc livrés à une simple théorie basée sur les rapports de force entre deux communautés linguistiques. Lui qui rêve de l’évaporation de la Belgique, tout porte à croire que ses rêves deviennent peu à peu réalité. Tandis que politiquement parlant, les francophones ont atteint un cap important en reconnaissant pleinement que le fédéralisme actuel est désormais sous assistance respiratoire.

En avril 2010, le gouvernement Leterme est tombé sur un coup de poker d’Alexander De Croo sur BHV, aujourd’hui BHV est devenu anecdotique, ce qu’on nous prépare, c’est une révolution profonde du système institutionnel qui n’a plus rien de comparable avec la simple scission de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvoorde. Même la nomination des bourgmestres francophones de la périphérie est devenu un ‘détail’ non significatif de la politique belge. Bref, tout ce que le monde politique aura vendu aux électeurs à l’occasion des récentes campagnes électorales est parti en fumée. Peu à peu l’opinion est préparée à un séisme profond, chaque entité prendra donc ses responsabilité et se verra accorder des pans entiers de matières fédérales, ne laissant que quelques sujets communs qui restent à définir.

J’imagine que ces longs plaidoyers pour un contrat belge renouvellé s’appuient sur d’autres arguments que la résignation face à l’autonomisme flamand, car on parle peu, voire pas du tout, des conséquences pratiques à court, moyen et long terme, de cette fameuse révolution copernicienne des institutions. Ni même d’un projet francophone alternatif, comme si au fond, personne ne s’attendait au tsunami politique du 13 juin.

La Flandre politique a déjà gagné, elle est parvenue à faire rendre les armes, il n’y a plus côté francophone, de contradicteurs, allons-y pour le divorce amiable et un nouveau contrat de vie commune mais en chambre séparée A.U.B

Mais gare à l’addition, en effet, une fois la boite de pandore ouverte, où se situeront les points d ‘équilibre, où s’arrêtera la logique autonomiste et du chacun pour soi, qui peut garantir aujourd’hui, que demain ces mêmes entités n’entameront pas sérieusement la solidarité sociale, ONSS, pensions, soins de santé, etc…

J’ai souvent entendu que la Belgique fédérale ne fonctionnait plus, que pour le bien de tous, il valait mieux aboutir à d’autres pactes, d’autres formes évoluées, bref aller vers le confédéralisme.  Mais a-t-on réellement perçu les retombées économiques et sociales de tels bouleversements ? L’électeur est-il, oui ou non, en droit de connaître le tarif de ce luxe. Peut-on démontrer, que ce qui sera vendu demain à l’opinion est profitable et si oui à qui ?

Le tout étant d’être capable d’aller au bout des logiques que l’on défend, soit le maintien d’un Etat fédéral fort, soit l’article 35, le confédéralisme et un pot commun réduit aux bonnes grâces des entités fédérées. Mais dans le second cas, prière d’afficher le cout des plats sur le menu proposé et de garantir que la cuisine ne sera pas en rupture de stock.

En ce qui me concerne, dire amen sans savoir où l’on va exactement, c’est pure folie. Le sort de Bruxelles, le financement des pensions et de la sécu, le financement de la dette publique (+de 100% du PIB). Toutes réalités que l’article 35 ne solutionne pas à lui seul. Alors nous faire croire que tout sera réglé en huit jours de préformation et entre 7 partis...

09:12 Écrit par Olivier Baum Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook |

Commentaires

De "demandeurs de rien" à "accepteurs de tout". Di Rupo se révèle être notre Daladier...

Écrit par : waldorf | 03.08.2010

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